PERMIS DÉLIVRÉS, PERMIS NON ENCORE ACCORDÉS


Adresses étudiées par la Sauvegarde durant le premier semestre 2015. En rouge, les atteintes au patrimoine ; en vert, les travaux respectueux.

 

 

FLECHE2 LES PERMIS DÉLIVRÉS:

 

64, avenue du Docteur Arnold-Netter (12e). La façade actuelle sur rue
© J. Pouille / Paris historique

64, avenue du Docteur Arnold-Netter (12e)

Ce petit hôtel particulier, construit sur un étage + combles en 1881 par l'architecte Flavien, a été acquis par préemption par la Ville voici quelques années, dans le but de le louer à la SGIM pour y réaliser un programme comportant des logements sociaux dans le cadre d'une opération neuve.
Encadré par un R+6 et un R+5 de même époque, l'immeuble constitue une dent creuse et il est désormais menacé de destruction. La société Elogie projette de le remplacer par un immeuble d'habitation de R+6 étages sur un niveau de sous-sol et commerce à rez-de-chaussée. Neuf logements à caractère social y seront proposés. 
La consultation du permis nous a renseignés sur l'aspect que prendra cette nouvelle construction : une façade en béton teinté dans la masse, couleur graphite, tableaux obliques alternés d'un niveau à l'autre ; aucune modénature n'est prévue pour animer l'ensemble. Les boiseries extérieures et les murs des parties communes seront traités en jaune orangé.
L'intérêt patrimonial de l'hôtel particulier n'est certes pas suffisant pour protester contre sa destruction. En revanche, on regrettera la respiration que sa faible hauteur apportait dans une séquence urbaine jusqu'à présent assez harmonieuse. Celle-ci se trouve maintenant menacée par un bâtiment au style et au traitement inappropriés à cette adresse.

64, avenue du Docteur Arnold-Netter (12e). Le projet © Dossier PASU

 

 rue de
 Plaisance (14e). La façade actuelle sur rue © A. de Graaff / Paris historique

44, rue Plaisance (14e)

Une petite construction en très mauvais état et encadrant un terrain vague sera détruite et remplacée par un nouveau bâtiment d'habitation. Celui-ci proposera quatre logements et comportera trois étages sur un niveau de sous-sol. Le projet, d'une banalité assez déconcertante, contribuera à faire perdre à la rue son caractère typiquement faubourien.

rue de Plaisance (14e). Le projet © Dossier PASU

 

140, boulevard Montparnasse (14e). La façade actuelle sur rue
© O. Manicastri / Paris historique
    

140, boulevard de Montparnasse (14e)

Partout dans Paris, la Poste poursuit ses opérations foncières. Nous avons beaucoup parlé de la Poste du Louvre, mais de nombreux autres projets - dont l'impact patrimonial est variable - confirment que les intentions du groupe dépassent allègrement les considérations postales. Ainsi, au 33 rue Faidherbe, un bâtiment de 4 étages sera-t-il démoli au profit d'un nouvel immeuble de 6 étages dévolu à des logements et à des bureaux, l'activité de la Poste y étant fortement réduite. Il en est de même, par exemple, aux 49-51 rue La Boétie (lourde restructuration mêlant démolitions, extensions et permutations de destination des locaux, sans que l'intitulé du permis soit très précis quant à ces permutations), ou encore à l'angle des rues Jean-Richepin et de la Pompe, où un hôtel de tourisme proposant spa et même piscine prendra la place du bureau de poste (réduit à sa portion congrue ou disparu ?).
L'ancien siège de la direction régionale des PTT, imaginé par l'architecte Michel Roux-Spitz dans les années 1948-1950, n'échappe pas à la spéculation. C'est la société SCCV Paris Campagne Première (dont COGEDIM Résidence est associé-gérant) qui a déposé un permis concernant cette parcelle. Le bâtiment de Roux-Spitz, un R+7 sur deux niveaux de sous-sols, a été complété au fil des années par deux bâtiments de moindre intérêt patrimonial, l'un sur la rue Campagne-Première, et l'autre en cœur d'îlot.
Une lourde opération de restructuration et de changement d'usage est prévue. L'immeuble historique accueillera à terme 72 logements et des commerces en rez-de-chaussée, l'activité de bureau de poste étant en partie conservée. Le projet prévoit la démolition partielle des planchers et de la toiture. La façade sera ravalée et les châssis de fenêtres changés ; si les chiens-assis des deux derniers niveaux seront conservés, leurs meneaux originels disparaîtront. Les deux autres bâtiments seront démolis et reconstruits.
Le nouvel immeuble en cœur d'îlot sera adossé à celui de Roux-Spitz et gratifié de deux niveaux supplémentaires, passant de R+4 à R+6 ; il regroupera 90 appartements. Rue Campagne-Première, un bâtiment à volets coulissants abritera une crèche et sera pourvu d'un parking de 120 places. Son apparence se rapprochera de ce que l'on peut déjà trouver un peu plus haut dans la rue au lycée Guillaume-Tirel (arch. Brenac et Gonzalez), en co-visibilité directe avec l'immeuble en grès flammé d'Arfvidson et Bigot.
Les riverains, organisés en association de défense, dénoncent les nuisances sonores et les flux de véhicules engendrés par la future présence du parking et la livraison des commerces par la rue Campagne-Première ; ils s'inquiètent également beaucoup de la perte de luminosité dont certains d'entre eux pâtiront lors de la reconstruction du bâtiment au centre de la parcelle.
Paris historique s'étonne chaque jour un peu plus de la manière dont la Poste gère et restructure son patrimoine immobilier. Il arrive, comme c'est le cas ici, que l'entreprise revende une partie de ses biens à des promoteurs. La presse évoque la propension qu'offre ce type de transactions à la Poste pour réinvestir dans des locaux neufs et plus appropriés à ses nouvelles activités. Une façon d'obtenir rapidement des liquidités pour de futurs investissements.
Difficile, dans ces conditions, de faire valoir le droit d'un bâtiment à être respecté. Il n'en reste pas moins que nous pouvons légitimement nous inquiéter pour le sort réservé au bâtiment créé par Roux-Spitz, alors "architecte des postes", lorsqu'on voit ce qu'a réalisé la COGEDIM, par exemple, sur le site de Laennec...  

 
140, boulevard Montparnasse (14e). Le projet depuis le boulevard
© Dossier PASU
140, boulevard Montparnasse (14e). Le projet, cour intérieure
© Dossier PASU

 

 

 

84, rue d'Alesia. La façade actuelle sur rue © A. de Graaff / Paris historique

84, rue d'Alésia (14e)

Un permis récemment accordé à cette adresse va permettre à un immeuble d'habitation de 3 étages de la fin du 19e siècle de gagner deux niveaux supplémentaires. Un trop rare exemple de surélévation parfaitement respectueuse du bâti existant, que Paris historique ne pouvait pas manquer de saluer.  

84, rue d'Alesia. Le projet de surélévation © Dossier PASU

 

35, rue Mademoiselle. La façade actuelle
© A. de Graaff / Paris historique

35, rue Mademoiselle (15e)

La surélévation de cet immeuble, accordée en novembre, paraît bien contestable. Situé à l'arrière du lycée Camille-Sée, dans le quartier Saint-Lambert, cet hôtel-restaurant présentera bientôt deux étages supplémentaires, vitrés toute hauteur (dernier niveau en retrait de la façade), dans un style en totale contradiction avec l'existant. Un décaissement permettra aussi l'extension du sous-sol. L'ensemble sera coiffé d'une toiture-terrasse végétalisée, à l'instar des nombreux autres projets qui fleurissent actuellement et qui touchent très souvent les immeubles faubouriens qu'on choisit de ne pas démolir. 

35, rue Mademoiselle. Le projet de surélévation
© Dossier PASU

 

6, impasse des Prêtres / 25, rue des Sablons (16e). Le projet d'extension,
côté impasse des Prêtres © Dossier PASU
  
  

6, impasse des Prêtres/25, rue des Sablons (16e)

Une autorisation avec réserve a été accordée, après un avis défavorable, pour la surélévation de cet immeuble construit sur trois étages en 1880. Deux niveaux supplémentaires en zinc coifferont le bâtiment, le 4e dans le prolongement de la façade, et le 5e en retrait.
Si le zinc représente un matériau traditionnel de revêtement pour Paris, chacun appréciera l'échelle avec laquelle il est employé dans ce projet : englobant la totalité des deux étages créés, il a une fâcheuse tendance à écraser l'existant. Les fenêtres, groupées par trois, plus hautes que celles des niveaux originels de persiennes, ne font qu'accentuer cet effet.

 

27, rue Baron (17e). La maison de ville, état actuel
© O. Manicastri / Paris historique

27, rue Baron (17e)

Nous vous en parlions comme d'un projet non encore accordé dans le dernier bulletin, c'est chose faite désormais. Une maison de ville de deux étages, construite en 1907 et dernier témoin de son époque dans la rue, ainsi que son jardin, vont disparaître. Ils laisseront place à un bâtiment de 6 étages sur un niveau de sous-sol à usage d'habitation (9 logements).
Le projet présente un immeuble contemporain de trois travées avec briques de verre au rez-de-chaussée, une élévation couverte de panneaux Trespa, blancs dans la travée centrale et noirs pour les travées latérales.
Le parking de 6 places disposera d'un ascenseur à voitures.
L'aspect général de ce nouveau bâtiment rivalisera de médiocrité avec les autres exemples de la rue.

27, rue Baron (17e). Le projet d'immeuble © Dossier PASU

 

  
5-7, rue Pajol (18e). Vues actuelle (supra) et projetée (infra)
© Dossier PASU
 

5-7, rue Pajol (18e)

La dernière maison à rez-de-chaussée de la rue sera bientôt surélevée d'un niveau. Sa toiture à croupe sera démolie pour ajouter 38 m² à l'ensemble, dans le respect de l'existant. Un dossier somme toute modeste, mais bien étudié. 

  
5-7, rue Pajol (18e).

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

La façade actuelle © F. Boileau / Paris historique

 10, cité Leroy (20e)

La cité Leroy doit son nom au gravetier qui a contribué à percer la rue des Pyrénées en 1869 et qui a partagé le terrain avec deux autres acquéreurs. Resté largement majoritaire dans cette opération immobilière, Leroy, dont le terrain comportait un puits, a en outre organisé l'accès à l'eau potable, tout en obligeant les autres occupants à utiliser aussi sa fosse d'aisance. En 1884, les soucis d'insalubrité s'accumulant, les habitants réclamèrent à la Ville le raccordement du secteur au tout-à-l'égout.

Ce petit îlot se situe à l'intérieur du triangle formé par les rues de Ménilmontant, de l'Ermitage et des Pyrénées. Au début des années 90, la cité Leroy a failli disparaître au profit d'un grand ensemble d'habitations. La mobilisation des riverains et la grande instabilité des sols (leur nature très hétéroclite, incluant du remblai, a déjà provoqué des glissements de terrain et un écroulement partiel de la maison sise au n°8) ont eu raison du projet, et les petites maisons ont presque toutes été préservées.

Le PLU indique depuis lors une protection EVIP et un jardin pédagogique a vu le jour.

La maison de ville du n°10 a reçu un accord des services d'urbanisme afin d'être modifiée. Le bâtiment se compose de trois pièces sur deux niveaux. Une petit avancée étroite et peu profonde la prolonge sur le côté droit. Le projet consiste d'une part à remplacer cette avancée par une autre plus large qui s'alignera à la rue, à l'instar de la maison voisine du n°12, et d'autre part à surélever le comble d'un mètre après démolition de la toiture afin de créer de nouveaux espaces habitables ainsi qu'une terrasse.

L'aile en retour projetée, à défaut de se construire sur la parcelle mitoyenne, supprimera une travée de fenêtres sur les trois que compte le corps principal.

Un abandon progressif du gabarit originel de la maison et le traitement contemporain de l'ensemble (menuiseries en aluminium thermo-laqué gris anthracite, mur-rideau en façade ouest de la nouvelle aile) nous font constater une disparition graduelle de l'esprit des lieux de cette petite cité jusqu'ici préservée

La façade projetée © Dossier PASU

 

10-12, rue Arthur Rozier (19e). Les bâtiments actuels
© D. Viala / Paris historique

10-12, rue Arthur Rozier (19e)

Le lieu a abrité à partir de 1910 l'atelier de décors de théâtre et de cinéma Charles et Juliette Cornil. Ces espaces avaient été transformés pour être loués à l'occasion d'événements privés. Les deux corps de bâtiment à pignon sur rue, de même que le local commercial sans étage à toiture-terrasse qui les relie, seront détruits prochainement par Kaufman & Broad, qui souhaite construire à leur place un immeuble d'habitation de 3 étages composé de 29 logements. La résidence "Bo'Paris" présente des appartements contemporains empilés les uns sur les autres telles de curieuses boîtes. La façade est traitée en zinc, brique, métal et enduit blanc. Les larges fenêtres dépourvues de balcons, tantôt en saillie, tantôt en retrait, seront en métal gris. L'ensemble risque fort de dénoter dans cette rue qui avait réussi à préserver son homogénéité. 

10-12, rue Arthur Rozier (19e). L'immeuble projeté © Kaufman & Broad

 

57-57A, rue de Ménilmontant (20e). L'immeuble menacé
© F. Boileau / Paris historique
  

57-57A, rue de Ménilmontant (20e)

Ce permis déposé par la SIEMP a été très rapidement accordé par les services de la Ville (2 mois seulement se sont écoulés entre son dépôt et son autorisation !). La démolition va concerner un immeuble faubourien de 1840 de R+3 à deux niveaux de sous-sol. La façade de trois travées est simple, mais rythmée par des bandeaux séparant les niveaux, et les fenêtres sont encore pourvues de leurs garde-corps en fer forgé. Nous notons que la préfecture de police de Paris avait constaté en 2007 un certain nombre de problèmes de structure en sous-sol qui, non résolus, ont entraîné un arrêté de péril en 2012 (affaissements, planchers vermoulus, solives cassées, fissures, etc.). Malheureusement, le défaut d'entretien de l'immeuble lui aura été fatal. Il faisait pourtant partie d'un ensemble de quatre immeubles présentant les mêmes caractéristiques, et se trouvait au milieu d'une séquence d'une dizaine de bâtiments de la même époque qui avaient réussi à perdurer jusqu'à nous. Nous attendons de savoir ce que la SIEMP aura imaginé à sa place... 

 

 

 

 

 

 FLECHE2 LES PERMIS NON ENCORE ACCORDÉS :

 

18, cité Malesherbes (9e). L'hôtel particulier avant sa surélévation
© L. Pineira / Paris historique


 

18, cité Malesherbes (9e)

Malesherbes, avocat de Louis XVI, possédait un hôtel particulier qui, pendant la Révolution, a été repris par la commune de Montmartre puis détruit dans la première moitié du 19e siècle. Une cité a été aménagée à la place, entre la rue des Martyrs et la rue Victor-Massé, puis lotie d'hôtels particuliers. Occupée par de nombreux artistes, elle a été influencée à la fois par l'esprit de la Nouvelle Athènes et par le courant montmartrois. Le n°18 est construit vers 1850 par le couple d'acteurs François Lesueur et Anna Chéri, proches de George Sand. Une vingtaine d'années plus tard, c'est le peintre Auguste de Clermont, ami de Degas, qui l'occupe. Il est aujourd'hui menacé par une restructuration assez lourde, comprenant un réaménagement intérieur, la création d'un ascenseur et une surélévation partielle de la toiture avec création d'une terrasse végétalisée. Paris historique craint que le permis soit prochainement accordé, la surélévation contestable de l'hôtel mitoyen ayant pu créer un précédent bien dommageable pour l'harmonie architecturale de la cité.

 

18, rue Alibert / 29-31B, rue Bichat (10e). Les façades dans leur état actuel © J. Pouille / Paris historique

18, rue Alibert / 29-31B, rue Bichat (10e)

Un bâtiment typique du passé industriel de ce quartier du 10e arrondissement est sur le point d'être lourdement transformé. Abritant depuis son origine des logements et des activités artisanales, l'ensemble se compose d'un immeuble R+5 à l'angle des deux rues, et de deux R+2 mitoyens sur la rue Bichat, dont l'un présente un pignon sur rue et l'autre deux ailes en retour sur une cour intérieure. C'est sur ce dernier que porte le permis. Il est question de surélever d'un étage la façade sur rue et l'aile du bâtiment. Les travaux risquent fort de dénaturer fâcheusement l'ensemble. 

 

26, rue de l'Echiquier (10e). La façade sur rue
© M.-F. Gouyet / Paris historique

26, rue de l'Echiquier (10e)

La rue doit son nom à la décoration peinte d'un ancien pavillon à l'angle de la rue du Faubourg-Poissonnière. Elle est ouverte en 1780 sur le terrain des religieuses du prieuré royal des Filles-Dieu qui vend alors ses parcelles. Le n°26 a été construit peu après cette cession ; il s'agit d'un immeuble de rapport, modifié au cours du 19e siècle. Il a conservé sa volumétrie originelle ainsi que certains éléments (garde-corps à motif géométrique des deux premiers étages, par exemple). Les frontons et les persiennes ont été ajoutés ultérieurement. Une lourde réhabilitation attend ce bâtiment, aujourd'hui occupé par des appartements et des bureaux. Nous notons qu'il figure sur la liste des PVP. La SIEMP, pétitionnaire, loue l'ensemble à la Ville depuis quelques années ; elle souhaite y aménager onze nouveaux logements en supprimant les bureaux du bâtiment sur rue, et créer de la surface en surélevant les bâtiments sur cour d'un niveau. Une isolation thermique est également prévue sur la totalité des constructions, ainsi que la modification des baies. La Commission du Vieux Paris a prononcé un vœu en février dernier en faveur de l'abandon de la surélévation des bâtiments sur cour, dont les combles sont d'origine. Elle critique également l'ITE pour ces mêmes bâtiments, qui perdraient leurs modénatures, et souhaite que soit réalisée une étude historique et archéologique du site

26, rue de l'Echiquier (10e). La façade sur rue
© M.-F. Gouyet / Paris historique

 

28, rue Lakanal (15e). Le bâtiment faubourien menacé
© A. de Graaff / Paris historique

28, rue Lakanal (15e)

Les jours de cette maison faubourienne d'angle sont comptés. Le bâtiment, dont certaines fenêtres sont murées, est inoccupé depuis plusieurs années. Il a perdu ses garde-corps mais a conservé sa volumétrie originelle, héritée de sa situation urbaine avant l'annexion de la commune de Vaugirard. Un immeuble à usage d'habitation et de commerces de 5 étages sur un niveau de sous-sol le remplacera. Le permis, s'il est accordé, fera perdre au carrefour la respiration que ce R+2, environné d'immeubles plus hauts et plus récents, permettait encore. 

 

11P, rue Copernic (16e). L'aile gauche des communs, déjà surélevée
© N. Henry / Paris historique

11P, rue Copernic (16e)

Une surélévation est projetée depuis octobre sur l'aile droite des communs d'un hôtel particulier du 19e siècle (arch. H. Couture). L'aile gauche, déjà surélevée, semble aujourd'hui créer un précédent d'autant plus malheureux que le pétitionnaire néglige totalement la protection de l'ensemble au titre du PLU. Le permis parle également de la création d'un niveau de sous-sol et de la démolition du plancher à rez-de-chaussée, ce qui nous semble très préjudiciable par rapport à l'existant. La Commission du Vieux Paris s'est prononcée contre le permis en février. Le fait que celui-ci ne soit pas accordé à ce jour signifie-t-il que la Ville s'y oppose elle aussi ? 

 

197-199, rue Marcadet (18e). La façade sur rue, état actuel
© M.-C. Lhommet / Paris historique

197-199, rue Marcadet (18e)

La fondation Mathilde et Henri de Rothschild voit le jour rue de Picpus en 1896. En 1902, l'architecte Nénot réalise un bâtiment pour abriter la polyclinique, dont les services sont nombreux : 30 lits réservés aux nourrissons malades et à leurs mères, 30 autres destinés à recevoir les victimes d'accidents du travail ou de la voie publique, un dispensaire pour adolescents défavorisés, etc. On y donne même, dans l'amphithéâtre, des cours gratuits sur l'allaitement et l'hygiène des nouveau-nés, en collaboration avec la Ligue contre la mortalité infantile. En 1927, on agrandit l'ensemble et on le modernise. Le site est protégé au titre des PVP. A partir de 2008, un grand projet de restructuration de ce qui est devenu la clinique Paris-Montmartre est avancé, mais il est classé sans suite. L'établissement est mis en liquidation judiciaire et racheté in petto par un investisseur privé, qui expulse rapidement le personnel soignant et administratif : on apprend alors que la clinique va devenir une maison de retraite médicalisée de 95 lits. Le nouveau propriétaire a décidé de s'agrandir en surélevant les bâtiments, faisant passer l'immeuble côté cour d'un R+2 à un R+4, et celui côté rue de R+1 à R+4 lui aussi. L'affaire, dont le dossier n'est pas encore consultable, est suivie de près par Paris historique, qui a des interrogations (et des doutes) quant à l'aspect que prendra l'ensemble une fois les travaux effectués. En février, la Commission du Vieux Paris s'est opposée, entre autres, à la surélévation sur rue. 

 

3, impasse des Deux-Néthes (18e). Le petit immeuble, avant restauration
© M.-C. Lhommet / Paris historique

3, impasse des Deux-Néthes (18e)

L'impasse des Deux-Néthes doit son nom à un département français ayant existé entre 1801 et 1815. Anciennement impasse Béranger, elle a été rebaptisée en 1877. Elle se situe à l'aplomb d'anciennes carrières.e. Un témoignage de 1872 décrit une ruelle sombre et sordide qui donnait sur des terrains vagues très boueux. La population ouvrière y avait construit des baraquements en planches et en plâtras, couverts de carton bitumé, et reliés entre eux par un enchevêtrement d'escaliers. Ces constructions donnaient sur des échoppes et étaient connues pour leurs salles de jeu clandestin. Aujourd'hui, l'impasse, pavée, est bordée d'un côté par de petits immeubles, de l'autre par un square que la Ville a créé en 2003. La maison qui forme l'angle avec l'avenue de Clichy, très délabrée (présence de nombreuses fissures), va bénéficier d'une restructuration complète. Le sol sera conforté afin de pouvoir supporter la consolidation des fondations. Un vide sanitaire sera ménagé, la couverture entièrement refaite, et une ITE viendra doubler la façade. La modestie de cette adresse ajoutant à son charme, Paris historique salue d'autant plus la volonté de conservation de l'ensemble, que d'aucuns auraient choisi de détruire. 

 

40-44, rue Marx-Dormoy (18e). Les trois immeubles avant leur destruction
© M.-C. Lhommet / Paris historique

40-44, rue Marx-Dormoy (18e)

La SOREQA a déposé un permis pour démolir trois maisons du 19e siècle et construire sur la parcelle ainsi libérée un ensemble de 44 logements sociaux et un local commercial. La rue a déjà subi et subira encore des transformations radicales : disparition du n°54 en 2006, puis du n°18, démolition prochaine du n°72. Au vu de ce qui a remplacé le tissu faubourien au 54 et au 18, on peut légitimement s'inquiéter de ce qui va être imaginé aux 40-44, même si la SOREQA assure que "l'attention sera portée à l’insertion qualitative du nouveau front bâti dans la séquence urbaine. Le dénivelé du terrain sera respecté avec l’aménagement des espaces extérieurs". A suivre. 

 

349, rue de Belleville / 1, rue du Léman (19e). Le bâtiment, état actuel
© M.-C. Lhommet / Paris historique

349, rue de Belleville / 1, rue du Léman (19e)

Une démolition totale est attendue à quelques pas de la Porte des Lilas. Elle va toucher un ancien hôtel de voyageurs des années 1870 (2 bâtiments). Un hôtel de tourisme de 50 chambres sur 8 étages devrait prochainement sortir de terre. Encore une fois, on sacrifie un bâtiment plutôt bien entretenu au profit d'une opération de rentabilité. Le permis n'étant pas encore consultable, il est impossible de connaître le style réservé à cette future construction, qui aura raison des dernières traces historiques du quartier. En revanche, la Commission du Vieux Paris, lors de sa séance de février, a étudié une version du projet qu'elle a acceptée, les façades du bâtiment actuel ayant été fortement modifiées en 2004. 

 

48, rue Alphonse Penaud (20e). La façade sur rue
© F. Boileau / Paris historique

48, rue Alphonse Penaud (20e)

Un hôtel de tourisme - encore un ! - de 5 étages sur un niveau de sous-sol est prévu à cette adresse, en lieu et place du bâtiment existant voué à la démolition. Celui-ci a été construit par l'entreprise Ch. Suter, fondée en 1904 et spécialisée dans la production de démarreurs, tableaux pour dynamos et rhéostats destinés à la galvanoplastie. La raison sociale de la société est encore visible dans un cartouche en façade, et ses initiales en fer forgé sont apposées dans l'œil-de-bœuf au-dessus de l'entrée. Le bâtiment, R+2 en brique et pierre recouvert de peinture blanche, présente une architecture soignée, caractéristique des constructions industrielles début de siècle qui empruntaient encore quelques éléments au répertoire classique. 

Une publicité tirée de La revue générale de l'électricité , Paris, 1923.

 

130, rue de Bagnolet (20e). L'immeuble menacé de destruction
© F. Boileau / Paris historique

130, rue de Bagnolet (20e)

Le projet concerne la démolition d'un immeuble de faubourg à quelques dizaines de mètres de l'église Saint-Germain de Charonne. Le bâtiment est un R+2 à 8 travées séparées par un porche, avec corniche entre les deux étages, encadrements de fenêtres en saillie et garde-corps en serrurerie. ICADE le remplacera par une construction neuve réservée à l'habitation, composée d'appartements allant du studio au 5 pièces duplex. Nos interrogations concernent encore une fois l'insertion de ce bâtiment dans son environnement (le programme nous inquiète d'autant plus qu'il s'appelle... Contrast), ce que nous ne manquerons pas d'examiner lorsque le permis aura été accordé. 

 

10-18, rue de Belleville / 18-26, rue Dénoyez (20e). Une partie des immeubles qui seront détruit © F. Boileau / Paris historique

10-18, rue de Belleville / 18-26, rue Dénoyez (20e)

Ancienne rue de la commune de Belleville, attestée en 1812, elle doit son nom à la folie Dénoyez, un bal public installé dans les années 1830. Elle est située au droit d'anciennes carrières. La SIEMP a déposé des permis afin de démolir un certain nombre de bâtiments, côté Dénoyez, et construire des logements et une crèche. Le projet, dont les artistes avaient connaissance dès leur occupation de la rue, a néanmoins fait grand bruit dans les journaux au printemps : ayant réussi à créer du lien social dans le quartier, les graffeurs, regroupés en associations, ont proposé à la Ville d'imaginer un aménagement qui leur permettrait de maintenir leur activité. Les maisons, des R+1 à usage d'habitation et d'activité artisanale au 19e siècle, cèderont leur place à une construction neuve. Il s'agit de la première d'une longue série d'opérations d'envergure de la SIEMP pour la rue.

108 rue du Faubourg Saint-Denis (10e). Le vaste porche d'entrée
© D. Viala / Paris historique
 

 108 rue du Faubourg Saint-Denis (10e)

L'adresse se situe dans un triangle formé par la rue du Faubourg Saint-Denis, le boulevard Magenta et la rue de la Fidélité. Les terrains appartenaient à la congrégation des Filles de la Charité, fondée par saint Vincent de Paul et Louise de Marillac. D'abord installées dans une maison près de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, puis transférées à La Chapelle, les Filles de la Charité ont souhaité se rapprocher du prieuré Saint-Lazare en achetant, en 1653, plusieurs parcelles situées rue du Faubourg Saint-Denis (une séquence de bâtiments ISMH appartenant au prieuré Saint-Lazare est encore visible en face). Ces religieuses, appelées communément sœurs grises, se consacraient au service des plus démunis. La communauté disposait d'une pharmacie où étaient soignés les blessés, de deux écoles destinées aux enfants de la paroisse, et de diverses autres constructions. La congrégation a été supprimée en 1792. Ses bâtiments et dépendances, devenus biens nationaux, ont été vendus. C'est à cette époque qu'a été ouverte la rue de la Fidélité : les acquéreurs des parcelles avaient eu obligation de céder du terrain sans indemnité pour aménager cette voie. L'immeuble de rapport de trois étages sur un niveau de sous-sol qui occupe actuellement le n°108 a été construit au milieu du 19e siècle et comprend neuf travées. Un vaste porche déporté sur la droite sépare deux magasins de taille très inégale côté rue (l'un correspond à six travées, l'autre à une seule), et ouvre sur une cour entourée sur trois côtés de locaux artisanaux d'un étage, un autre local de même affectation mais sans étage complétant l'ensemble. Ces espaces ont été ajoutés au début du 20e siècle, vraisemblablement en remplacement d'aménagements antérieurs, puisque quelques recherches documentaires attestent de la présence, à cette adresse, d'une activité artisanale au siècle précédent. Les ateliers actuels ont, entre autres, abrité les productions de Haas et Co (appareils de levage), Royer et Cie (machines à fraiser), ou les sièges d'entreprises comme la Société parisienne des papiers de tenture ou, juste avant la Seconde Guerre mondiale, les aciéries Poldi. Une holding, dont le siège français est situé au n°103 de la rue, prévoit la démolition de cet immeuble, qui ne conservera que sa façade sur rue, surélevée de deux étages supplémentaires formant toiture-terrasse. Une piscine sera également aménagée en sous-sol après décaissement de celui-ci. Au niveau des ateliers, l'aile sud disparaîtra entièrement, tandis que les autres connaîtront le même sort que le bâtiment principal (conservation des façades et démolition totale du reste). Dans ces nouveaux espaces prendront place un hôtel de tourisme de 85 chambres ainsi que 15 logements sociaux. Nous sommes bel et bien en présence d'un projet de façadisme. On feint l'intérêt patrimonial pour le bâti ancien et relativement homogène du faubourg ; on n'a en réalité aucun respect pour l'intégrité typologique et structurelle du bâtiment. Pire, au seul profit d'une opération qui n'a pour objectif que la rentabilité, le patrimoine, à travers la conservation d'une façade réduite à un simple paravent d'opérette, sert de prétexte... à sa propre destruction ! Un argument trop répandu consiste à penser que, les travaux étant quasi invisibles depuis la rue, les défenseurs du patrimoine ne se manifesteront pas. Les promoteurs se trompent : nous n'entretenons pas le culte de l'apparence.    

108 rue du Faubourg Saint-Denis (10e). Les bâtiments du prieuré Saint-Lazare, en face du 108 © D. Viala / Paris historique
 
108 rue du Faubourg Saint-Denis (10e). Les ateliers encadrant la cour intérieure © D. Viala / Paris historique
 
108 rue du Faubourg Saint-Denis (10e). La façade arrière du bâtiment vue de la cour © D. Viala / Paris historique