ENQUÊTES SUR LES PERMIS ACCORDÉS


Adresses étudiées par la Sauvegarde durant le premier semestre 2017. En rouge, les atteintes au patrimoine ; en vert, les travaux respectueux. Les permis des autres semestres sont consultables en cliquant sur les différents liens suivants : second semestre 2016premier semestre 2016, deuxième semestre 2015, premier semestre 2015 .

image1 Les travaux en cours © D. Mitzkoune / Paris historique

46 B au 52, rue du Louvre / 43 au 43 T, rue Etienne Marcel / 57 au 65, rue J.-Jacques Rousseau (1er arrt)

Nous ne reviendrons pas ici sur l'histoire du bâtiment, ni sur l'engagement de Paris historique pour sa préservation. Un nouveau permis concernant cette lourde restructuration modère les démolitions prévues initialement. Certaines structures du bâtiment d'origine seront finalement conservées, de même que davantage de planchers. Une partie de l'entresolement prévu en 2013 est abandonné. L'architecte explique sa "volonté de plus encore préserver l'âme de l'architecte Guadet". Si tant est que cette âme ne soit pas déjà irrémédiablement perdue... On remarquera en effet que, si bonne intention il y a, D. Perrault ne bouleverse pas totalement son projet pour autant, et les modifications restent malgré tout mineures au regard de l'ensemble.

On note la pose de vitrages sur les structures métalliques qui ont fait la renommée de Guadet en permettant la construction de nefs de grande portée, en revanche Perrault n'abandonne pas l'idée de modifier les fenêtres de la façade côté rue du Louvre, qui avait pourtant fait l'objet d'un vœu de la Commission du Vieux Paris, ni la pose de panneaux photovoltaïques en toiture. Ceux-ci, contrairement aux revêtements classiques qui absorbent la lumière, vont se révéler d'un noir particulièrement brillant, dont la réverbération risque d'être très présente dans le paysage urbain...

image2Coupe du projet modifié © Dossier PASU

 

 

  image3Etat actuel © P. Leloup / Paris historique

 image4Etat projeté © Dossier PASU

13-15, rue de Nancy (10e arrt)

La rue, située dans le quartier de la porte Saint-Martin, s'appelait avant 1930 la rue des Marais. Elle a longtemps compté des habitations de maraîchers et des cultures aux 17e et 18e siècles, puis des maisons de maîtres à partir de la Révolution. Au 19e siècle, les parcelles ont abrité des activités artisanales et industrielles.

On note dans les archives de la BnF (Gallica) que le bâtiment était occupé en 1935 par une société de fabrication de produits en acier reconnue (Wendel et Cie). Les bureaux y siégeant actuellement seront remplacés par un hôtel de tourisme de 84 chambres, restaurant et espace de conférences. L'ensemble est composé, sur rue, de deux pavillons de facture classique de cinq travées chacun et deux étages + combles. Leur ordonnancement respecte une certaine symétrie. Ils encadrent une entrée au style plus industriel surmontée de 2 niveaux à grandes baies. A l'arrière, les bâtiments s'organisent autour d'une cour.

Le bâtiment sur rue passera de R+3 à R+5, et les façades seront isolées thermiquement, avec remplacement de toutes les menuiseries extérieures. La cour, actuellement à usage de stationnement, sera végétalisée.

La surélévation côté rue pourra être critiquée en ce qu'elle écrasera les proportions du bâtiment actuel. En revanche, elle s'intégrera dans les façades mitoyennes et reprendra le style de l'existant. La partie centrale sera traitée dans un parement de plaquettes en terre cuite de couleur plus soutenue. Malgré l'ITE, les modénatures seront conservées.

 

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Etat actuel © D. Mitzkoune / Paris historique

 

50, boulevard de Reuilly / 4, pl. Félix-Eboué (12e arrt)

Anciennement place de la barrière de Reuilly (1862), puis place Daumesnil (1864), la place Félix Eboué a été formée au moment où l'on a percé le mur des fermiers généraux en 1789. Elle a acquis son nom actuel en 1946.

La parcelle du n°4 a été occupée par la manufacture des célèbres biberons Robert, dont un pavillon en pierre et brique reste le seul témoin encore visible aujourd'hui : il présente deux niveaux à toiture mansardée (ardoise-zinc), aux façades appareillées "brique & pierre" avec corniche ornementale de couronnement. Il sera prochainement démoli. C'est le bâtiment le plus intéressant. Le reste est un ensemble d’immeubles assez disparates, assez récents, qui ne portent guère d’intérêt, même si un semblant de toiture mansardée a du être imposée au constructeur pour intégration en arrière-plan. Les baies de toiture, tant dans leur proportions que dans leur modénature, sont anachroniques. Ces bâtiments font office de bureaux à des sociétés (agence publicitaire, cabinet d’expertise comptable). Le terrain représente une "dent creuse" dans l’architecture urbaine de la place Félix Eboué, qui se veut construite (alignement de façades).

L'ensemble des bâtiments sera détruit au profit de la construction de deux bâtiments de 9 et 11 étages d'habitation (104 logements créés) et de commerce sur un niveau de sous-sol. Bien qu'entrant dans le champ de co-visibilité de deux monuments historiques (l'église du Saint-Esprit et l'entrée de métro Daumesnil), le projet a reçu l'accord de l'ABF du secteur. Sur l'arrière, un "amphithéâtre" sera aménagé dans la profondeur de la parcelle, sur terrain incliné. D'après les éléments du dossier, il favorisera un "voisinage animé".

Contrairement à ce que soutient le constructeur, aucun effort n'a été fait pour intégrer les nouveaux bâtiments aux immeubles environnants, pour la plupart haussmanniens ou post-haussmanniens : la façade projetée est plate et monochrome, s'inspire de l'architecture fonctionnaliste des années 60/70, et ne fait que correspondre à cette nouvelle architecture écologique à développement durable qui commence à se faire jour un peu partout.

Paris historique, à l'instar de nombreux riverains qui ont tenté de se faire entendre, ne peut que s'opposer à un tel projet, sur une place qui aurait mérité une meilleure considération.

 

image6Immeuble projeté © Dossier PASU

 

 

 
image8 Façade actuelle © D. Mitzkoune / Paris historique


 

image7Immeuble projeté © Dossier PASU


 

222, rue Charenton (12e arrt)

Les recherches documentaires sur cette adresse nous apprennent qu'en 1948, la rue était encore pavée de bois, et que ce revêtement avait fait déraper une voiture de tourisme qui avait fini sa course dans la devanture d'un café. Un conseil municipal avait demandé que des travaux soient exécutés afin de remplacer ces pavés de bois par de l'asphalte. Le 222 est un immeuble faubourien dans un état très moyen, dont l'intérêt patrimonial est relatif. Il sera démoli pour faire place à une nouvelle construction. On notera que les deux immeubles mitoyens sont de meilleure facture (seconde moitié du 19e siècle). La parcelle se trouve face au mail arboré jouxtant la façade arrière de la mairie du 12e arrondissement.

La construction projetée restera dans le gabarit des immeubles environnants. La modénature de la façade sur rue fait état d'une recherche d'harmonie chromatique, de rythme, et rappellera les matériaux des immeubles avoisinants. Les panneaux photovoltaïques en façade ont été dissimulés derrière des garde-corps en tôle micro-perforée grise.

La charpente de la façade est une trame de parement en brique (matériau utilisé sur l’immeuble mitoyen gauche). La modénature de remplissage de la trame (panneaux de verre sérigraphié avec ornementation rappelant les mosaïques de l’immeuble mitoyen, les volets sur baies vitrées en tôle micro-perforées), dans une chromatique ton pierre et ocre ne se heurte pas avec les immeubles avoisinants.

On peut considérer que l’immeuble prévu pourrait être plus qualitatif que celui existant, tout en constituant une rupture architecturale, déjà de fait, avec les immeubles mitoyens, mais une rupture douce.

 

 

 

 


image9Le fond de parcelle © O. Manicastri / Paris historique

 

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Le projet sur cour © Dossier PASU

 

image11La façade projetée sur rue © Dossier PASU
 

24, rue du Couédic (14e arrt)

L'immeuble se situe dans le quartier du Petit Montrouge. Il date de 1890 et compte 5 étages. Les travaux envisagés concernent le remplacement d'une petite maison R+1 en brique et de son atelier vitré au profit d'un bâtiment d'habitation de deux étages.

Le terrain étant très étroit, les logements du rez-de-chaussée jusqu'au deuxième étage perdront en luminosité à cause d'un vis-à-vis rapproché avec le bâtiment principal. La maison sera composée de 5 pièces réparties sur 3 niveaux. Les murs seront traités en agglo creux de 0,20 m d’épaisseur avec un parement extérieur en brique rouge pour la partie sud, en enduit pour les autres parties émergentes. Les poteaux et poutres métalliques seront de teinte bleu-gris, en rappel de la teinte de l’immeuble principal. La toiture sera traitée en zinc naturel (gris anthracite).

Les gouttières et descentes d'eaux pluviales seront en zinc avec dauphins en fonte de teinte gris bleu. Concernant les menuiseries extérieures, les fenêtres avec chassis ouvrant à la française seront traitées en aluminium thermolaqué gris-bleu ainsi que la verrière, les fenêtres de toit et les garde-corps. L’aménagement de la cour commune respecte la réglementation en ce qui concerne la surface laissée en espace vert, soit 64 m². Les arbres existants seront conservés et le sol engazonné avec un cheminement d’accès à la maison en graviers. L’accès à la cour desservant la maison se fera par le hall d’entrée de l’immeuble sur rue. On regrettera la disparition de l'atelier d'artiste et l'importance de ce projet dans un espace très restreint.

 
 image12La façade du cinéma © O. Manicastri / Paris historique

 

  70, avenue du Gal Leclerc / 1B, rue Thibaud (14e arrt)

Des travaux de démolition vont être prochainement entrepris pour créer des logements en lieu et place du cinéma Le Mistral.

Le terrain est occupé par une chapelle fondée par un ecclésiastique dissident, l'abbé Chatel, dès 1832. Un charron et un grainetier l'occupent à partir de 1841, lorsque le gouvernement fait provisoirement fermer le lieu de culte, puis l'abbé Chatel la reprend en 1848. Deux ans plus tard, le site est définitivement fermé. A cette époque, le quartier du Petit-Montrouge se développe : maisons de campagne et ateliers nationaux s'y multiplient, de nouvelles rues sont ouvertes, la ligne ferroviaire de Sceaux est créée. L'ancienne chapelle est transformée en théâtre, les Fantaisies-Montrouge, qui propose des spectacles populaires et des vaudevilles.

En 1911, on réaffecte le bâtiment en Grand Cinéma. En 1921, l'architecte Marcel Oudin, auteur du bâtiment des Magasins Réunis (actuelle FNAC de l'avenue des Ternes), de l'immeuble du 59, rue Chardon-Lagache ou encore du 13 boulevard Diderot, le démolit et le reconstruit en béton armé. Le nouveau bâtiment redevient un théâtre de 1922 à 1932, date à laquelle il se transforme à nouveau en cinéma, Le Mistral, jusqu'à sa fermeture définitive en 2016. C'est cette construction qui est appelée à être démolie aujourd'hui au profit d'un ensemble de deux immeubles. Sur avenue et cour, un premier bâtiment de 8 étages (R+7 + attique en retrait) est prévu, dévolu à 29 logements et à un local commercial. En fond d'îlot, un second bâtiment R+3 + combles proposera 6 logements. L’ensemble repose sur un niveau de sous-sol partiel, au-dessus d’une ancienne carrière de calcaire grossier. Après investigations, la création des futurs bâtiments ne nécessitera aucun confortement complémentaire de la carrière.

Sur l’avenue, le projet s’insère entre un bâtiment R+6 avec une façade en pierre, modénatures, balcons et bow-windows datant de la fin du 19e siècle, et un bâtiment R+4 avec une façade en plâtre, sobre, mais caractérisé par ses volets à la française. Un seul accès piétons pour l’ensemble se fera par le deuxième accès de la parcelle 1B rue Thibaud.

Concernant les façades, celle sur l’avenue jouera sur les volumes et les textures avec deux types de bardages, un premier en terre cuite sur une saillie de la hauteur des immeubles voisins, le deuxième en tôle métallique reprise en R+5 et R+6 et sur la totalité du R+7. Le dernier niveau en attique reprend le bardage en tiges verticales de terre cuite avec une teinte plus claire. En cœur d’îlot, le rez-de-chaussée sera traité en lasure rouge-orange terre sur voile de béton ; les trois premiers étages en enduit gris, les étages supérieurs en enduit blanc, les menuiseries en aluminium ; le dernier volume en attique de la même manière que sur l’avenue (bardage en tiges verticales en terre cuite posé avec une séparation en joints creux). Les logements bénéficieront grâce à des retraits successifs de très nombreuses toitures terrasses ne se superposant pas à l’identique.

Les cheminements seront en dalles alvéolaires, des espaces verts plantés seront réalisés en rez-de-chaussée, la plupart des terrasses seront végétalisées ainsi que celle du commerce.

Le tissu du quartier est de plus en plus hétérogène (certains immeubles atteignent désormais le R+11), les traces faubouriennes devenant de plus en plus rares.

 

 

image13  L'immeuble en projet © Dossier PASU

 

 
 
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Le n°18, à droite © A. De Graaff / Paris historique
 image15Le futur immeuble © Dossier PASU
 

18, rue Chauvelot (15e arrt)

La rue se situe dans le quartier des abattoirs de Vaugirard. On trouve encore la trace de boucheries chevalines dans cette artère. Elle doit son nom au créateur de plusieurs villages du 15e arrondissement qui, après avoir été chanteur ambulant puis rôtisseur, devint propriétaire de terrains entre Vanves et Paris qu'il lotit et dont il loua les maisons (villages de Plaisance, des Termopyles, de la Nouvelle Californie, de Villafranca).

Un bulletin municipal officiel daté de 1951 relate qu'au n°18 se trouvait un immeuble en état de péril dont le pignon côté n°20 était fortement lézardé ; les planchers se décollaient et les cloisons présentaient un cintre très accentué, au point que l'immeuble "se séparait en deux". La procédure a nécessité le relogement de plusieurs familles. Un autre BMO, trois ans plus tard, publiait un permis de construire pour un bâtiment de deux étages pour habitation. C'est cet immeuble, en brique et à larges baies vitrées, dont on a récemment demandé la démolition.

Il sera remplacé par un R+5 de 16 logements sur un niveau de sous-sol, de facture contemporaine, reprenant lui aussi la brique et les baies vitrées. Il s'accordera autant avec son environnement que le petit bâtiment qu'il remplacera.

Seul le n°20, un R+1+combles, en retrait de la rue et bien entretenu, aurait risqué de se sentir écrasé... mais la Ville vient de signer sa démolition, au profit d'un bâtiment d'habitation de 5 étages (11 logements) sur un niveau de sous-sol avec végétalisation des balcons, des terrasses et de la toiture-terrasse.

 

 

 

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Etat actuel © M.-F. Gouyet / Paris historique

 

24, boulevard Pasteur (15e arrt)

Un pan du boulevard, entre la rue de Vaugirard et la rue du Docteur Roux, va changer d'aspect. L'ensemble concerné par le projet (du n°24 au n°30) appartient au groupe Pasteur Mutualité, qui a décidé de créer la Villa M, un centre dédié à la santé sur plus de 6000 m². Seront démolis le n°24 hôtel Le Camélia (R+4, seul bâtiment avec une façade enduite de ton pierre claire, avec une toiture en zinc double pente), le n°26/28 hôtel Le Méditel (façade verre et métal), le n°30 du boulevard et la partie arrière (centre d’affaires Centre 30, façade verre et métal). Les 3 parcelles seront réunies pour permettre un projet global comportant, entre autres, un hôtel, une maison médicalisée, un restaurant et un parc de stationnement. La direction artistique sera assurée par Philippe Starck. Le dossier a d’abord reçu l'avis négatif de la DRAC, qui lui reprochait un pignon en tôle foncée trop important, une couleur de façade sur cour trop prégnante, qui souhaitait maintenir un arbre devant la façade, et avait des questions sur la pérennisation de la végétalisation en façade. La mairie du 15e a salué les efforts sur la conduite de la concertation auprès des riverains, le travail effectué sur le traitement de la façade prenant en compte les attentes de la mairie. On ne peut que regretter la disparition de l’hôtel Camélia au n°24 ; la façade végétalisée sera plus acceptable que la façade actuelle des autres numéros.

 image17Façade projetée © Dossier PASU

 

 

 

 

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Extension à droite et ouverture du toit © Dossier PASU

  

7, Grande Avenue de la Villa de la Réunion (16e arrt)

Cette voie est notée au PLU comme secteur "maisons et villas", au sud des jardins de Sainte-Perrine. Privée, elle est dépourvue de tout alignement officiel. Le n°7 est signalé pour son intérêt patrimonial : il s'agit d'une œuvre de jeunesse d'Hector Guimard. L'architecte sera d'ailleurs intervenu plusieurs fois dans cette rue : il est l'auteur de l'hôtel Jassédé (14, rue Chardon-Lagache, 1893), et de l'hôtel Deron-Levent (8 et 9 de la Grande Avenue, 1907). Une extension en rez-de-chaussée côté jardin est prévue pour cette villa dont les façades en meulière se déploient sur un terrain triangulaire, au pied d’un haut mur mitoyen aveugle. Trois pièces supplémentaires seront créées, dont deux en sous-sol réservées au sport et, en rez-de-chaussée, une cuisine bordée d’une vaste terrasse en bois qui desservira aussi le salon, lui apportant lumière, agrément et discrétion totale en fond de parcelle. L’orientation de la façade rend invisible toute l’extension. Seuls un hall vitré et un perron, traités en métal peint et en fort contraste avec les pierres meulières, seront visibles de la rue.

Une seconde modification concerne la toiture de l’autre façade sur rue et nous inquiète davantage. Une terrasse sera créée par une percée dans la pente du toit. Quelques rangées de tuiles en place sont conservées pour faire office de garde-corps tout en respectant les chesneaux et la pente du toit. Les cheminées seront peintes dans les nuances de la toiture. L'invisibilité depuis la rue ne fait pas oublier la démolition partielle de la toiture et la modification des châssis de toit...

  



 

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L'ensemble actuel © N. Henry / Paris historique


 

 

11, av. de Montespan / 103, rue de la Pompe (16e arrt)

Un hôtel particulier du début du 20e siècle occupe la parcelle. Il est situé en retrait de la rue de la Pompe, dont l'alignement est comblé par deux boutiques à R+1 qui, en plus de n'avoir aucun intérêt architectural, masquent en partie la façade sur rue de l'hôtel particulier, et ont dû être prises sur le jardin originel, dont il ne reste plus qu'un arbre côté nord.

L'ensemble, actuellement à usage de commerces et de bureaux, est destiné à être transformé en hôtel de tourisme. Sur la rue de la Pompe, les boutiques fusionneront en une seule qui sera agrandie (extension de trois niveaux).

On prévoit également la surélévation des combles de l'hôtel en lui-même avec création d'une terrasse accessible plantée, et l'affouillement du sous-sol pour l'aménagement d'une piscine.

L'accès au jardinet sera couvert partiellement d'une extension à deux niveaux, et l'arbre abattu.

Côté Montespan, les modénatures existantes seront conservées ou reconstituées si nécessaire, et les baies qui étaient bouchées, rouvertes. Cette façade reprendra son aspect originel.

On pourra regretter la disparition de l'ancienne toiture au profit d'une terrasse, mais le projet reste cohérent compte tenu de la nouvelle affectation des locaux. La façade principale sera celle située sur l'avenue Montespan, et celle du côté rue de la Pompe sera nettement améliorée.

 

 image20 L'immeuble restructuré © Dossier PASU

 

 

image21La façade de l'hôtel particulier © C. Gautier / Paris historique

 



 

 

 

21, rue Fortuny (17e arrt)

La rue a été percée en 1877 sur des terrains appartenant à un peintre proche de Napoléon III, Louis Godefroy Jadin. L'architecte de cet hôtel particulier, Paul-Casimi Fouquiau, est connu pour avoir construit dans les années 1880-1890 de nombreux bâtiment à Paris. A notre connaissance, il a au moins signé les 13 et 15 de la rue Fortuny en plus du 21, mais aussi plusieurs habitations dans le quartier de la Mouzaïa et le pavillon national de la Bolivie pour l'Exposition universelle de 1889. Il a également été chargé de l'aménagement du théâtre de l'Athénée-Louis Jouvet.

Fouquiau choisit, pour la façade du 21 rue Fortuny, le registre Renaissance. La surface est relativement restreinte : 2 travées, 3 étages + combles à l'origine, avec un soubassement en pierre et une élévation mixte brique et pierre.

Le bâtiment, bien qu'ayant conservé la majeure partie de son ordonnancement d'origine, a toutefois été assez fortement modifié à la fin des années 60, lorsqu'il est transformé en bureaux (un seul logement conservé). La façade sur cour a été recouverte de béton gris, tandis qu'un quatrième étage à vélux et un cinquième en retrait avec terrasse accessible ont réhaussé le comble. L'intérieur, lui aussi, a subi des modifications, avec notamment l'aménagement d'un ascenseur. Malgré tout, la majorité de décor intérieur a été préservé, ainsi qu'un grand escalier de remarquable facture : sous-faces ornées, rampe en bois à balustres et vaste vide central. C'est précisément le sort de cet escalier qui nous préoccupe le plus dans le permis récemment accordé. Il est en effet question de supprimer l'ascenseur existant pour réaliser une ascenseur panoramique dans le vide du grand escalier. Ces travaux impliquent la démolition d'un certain nombre d'éléments à chaque étage : arcades reposant sur des colonnes monumentales séparant le palier du reste des étages, une partie des balustres, et les murs latéraux décorés de niches au premier étage.

La Commission du Vieux Paris avait émis un voeu contre ce permis en avril dernier : "La Commission du Vieux Paris, réunie le 22 avril 2016 à l’Hôtel de Ville de Paris, sous la présidence de M. Bernard Gaudillère, a examiné le projet de réaménagement d’un hôtel particulier d’inspiration Renaissance construit par l’architecte Paul-Casimir Fouquiau, aujourd’hui transformé en immeuble de bureaux. La Commission souligne à cette occasion le caractère remarquable de la rue Fortuny encore bordée aujourd’hui par un grand nombre d’hôtels particuliers construits autour de 1880, qui font de cette voie un signe tangible de la diffusion du style historiciste dans l’architecture privée de la fin du XIXe siècle. Elle indique que certains d’entre eux ont sans doute conservé leurs dispositions intérieures d’origine et que celles-ci mériteraient d’être mieux connues. La Commission fait état de la grande originalité de la distribution intérieure du no 21, qui a conservé intact son escalier carré garni d’une rampe à balustres en bois tourné et un étonnant dispositif de paliers présentant à chaque niveau un ordonnancement d’arcades ou de portiques composites ouvrant sur des espaces annexes. Elle demande en conséquence la conservation sans changement de l’ensemble de ces dispositions et s’oppose tout particulièrement à la construction d’un ascenseur dans la cage centrale de l’escalier, puisque existe déjà à quelques mètres un ascenseur qu’il suffit de moderniser".

Paris historique regrette beaucoup que la CVP n'ait pas été écoutée sur ce dossier.





 

 


 

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Etat actuel © J. Pouille / Paris historique



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Premier projet (refusé), vu depuis la rue M. Hidalgo © Dossier PASU

 

9, rue Miguel Hidalgo / 1-3, villa Paul-Verlaine (19e)

SDeux permis ont successivement été déposés pour cette adresse, le second suite au refus du premier.

Cette petite maison tout en longueur a été construite en 1925-1926 dans le quartier de la Mouzaïa par l'architecte De Gaët (qui a signé nombre d'habitations dans les rues alentour), au moment de l'ouverture de la villa Paul-Verlaine. Sur la rue Hidalgo, le bâtiment est sur deux niveaux ; la villa Paul-Verlaine étant en forte pente, l'arrière de la maison est sur trois niveaux. La pétitionnaire, une sage-femme, y a ouvert une maternité jusqu'à son interdiction d'exercer en 1943, date à laquelle la maison a été transformée en hôtel meublé (on voit encore une plaque qui l'indique sur le pan coupé de la façade).

Le premier projet prévoyait la surélévation d'un étage de l'ensemble, ainsi que la construction d'une extension côté villa Paul-Verlaine par comblement de la dent creuse existante et l'ouverture des pans coupés aux deux angles. La Commission du Vieux Paris s'en est émue dans un voeu en mars 2016 : "La Commission, constatant que la surélévation partielle de la maison ainsi que la démolition de son pan coupé droit afin d’étendre le bâtiment le long de la villa Paul-Verlaine ne permettraient plus de lire la construction d’origine, demande que le projet soit revu dans le sens d’une meilleure préservation de l’existant".

Un second permis a été déposé en juillet 2016 et accordé par la Ville en février dernier. Il prend en partie en compte l'avis de la CVP puisqu'il a renoncé à la surélévation. En revanche, l'ouverture des pans coupés sont toujours de mise, mais celui de la villa Paul-Verlaine, côté extension, est conservé : l'extension sera en effet réalisée en retrait, ce qui permettra une respiration entre les maisons.


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Premier projet (refusé), vu depuis la villa P. Verlaine © Dossier PASU


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Second projet, accordé © Dossier PASU

 

 

 

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Façade sur rue © F. Boileau / Paris historique

 

image27La rénovation projetée, rue et cour © Dossier PASU



 
 

20, rue de Tourtille (20e arrt)

L'immeuble date de 1830. Il est signalé comme protection patrimoniale de la Ville de Paris : "Maison de rapport caractéristique de l'ancien village de Belleville (de la première moitié du 19e siècle). Façade de deux niveaux sur rez-de-chaussée et de sept travées présentant au centre une grande porte cochère. Garde-coprs en fonte. Persiennes. Terrain en pente. Grande cour intérieure avec ateliers".

Le bâtiment est inoccupé depuis 2012. La Ville a prévu des "travaux de réhabilitation lourde assimilables à de la construction neuve" et les a confiés à un bailleur social qui a acquis le terrain en juillet 2005 pour réaliser 30 logements sociaux dont deux logements individuels en duplex.

Les travaux concernent quatre bâtiments, tandis qu'un cinquième sera démoli.

L'immeuble sur rue présente deux étages et sept travées de fenêtres surmontées de cinq lucarnes régulièrement espacées. La façade est organisée de façon symétrique de part et d'autre d'une porte cochère pourvue d'un linteau en saillie, avec rappel au-dessus de la fenêtre centrale du 1er étage. Elle est rythmée par des bandeaux et une corniche. Elle a conservé ses persiennes en bois, ainsi que ses garde-corps en fonte.

Contrairement à ce que l'on voit souvent, les trois bâtiments de quatre étages occupant un côté et le fond de la parcelle sont d'une architecture soignée, d'inspiration néo-classique, avec bossage aux rez-de-chaussée et 1er étage, encadrements de fenêtres et bandeaux d'étages. Ils sont postérieurs au bâtiment sur rue (1870).

Le projet consiste à débarrasser la cour de certaines petites constructions secondaires, à démolir une petite maison "sans valeur architecturale" qui sera remplacée par un petit bâtiment moderne, à procéder à une restructuration lourde de l'ensemble en respectant au maximum l'existant et à ravaler les façades selon des procédés traditionnels.

Le rez-de-chaussée de la façade sur rue sera revêtu d'un placage bois sur les parties pleines et les devantures des commerces seront pourvues de châssis bois en remplacement des châssis métalliques actuels.

La pierre naturelle du porche d'entrée sera restaurée et protégée par un badigeon.

Il faut se féliciter de la conservation, après remise en état, de cet ensemble immobilier typique de l'architecture des faubourgs parisiens du 19e siècle. Toutefois il aurait peut-être mieux valu ne pas reconstruire le petit bâtiment, afin de laisser plus d'espace entre les grands.

 

 

 

 

image28 L'immeuble d'angle © F Boileau

image29Le projet © Dossier PASU



 

2-4, passage Josseaume / 69, rue des Haies (20e arrt)

Nous nous trouvons ici dans l'ancien village de Charonne. Zone d'anciennes plâtrières, Charonne était également connu pour les vignes qui poussaient sur ses coteaux, ainsi que pour sa population de jardiniers et de maraîchers qui entretenaient des terrains longs et peu larges dont on peut encore observer les traces par endroits.

L'ensemble immobilier dont il est question ici est constitué de quatre bâtiments construits en enfilade sur l'une de ces parcelles très étroites.

Le premier, à l'angle de la rue des Haies et du passage Josseaume, a été bâti en 1862 et comporte trois étages.

Les deux du fond, de deux étages seulement, datent de 1866 et 1870. Enfin, l'espace libre entre les deux blocs a été comblé à la fin du 19e siècle, ce qui explique les importantes différences de niveau des planchers.

L'hôtel, vétuste à l'exception de sa charpente et de ses couvertures de tuiles et de zinc, comprend actuellement 55 petites chambres insalubres, qui seront transformées en 22 logements, dont deux pour PMR au rez-de-chaussée. Ses différents accès seront remplacés par une entrée unique au centre du bâtiment sur le passage Josseaume, et les planchers du rez-de-chaussée seront nivelés à une altimétrie médiane afin de faciliter les circulations.

Toutefois, les deux cages d'escalier seront conservées. Un patio végétalisé sera créé après démolition du local de la chaufferie, qui sera implantée au sous-sol.

La Commission du Vieux Paris a formulé un voeu car le projet d'isolation thermique par l'extérieur risquait de dénaturer totalement les façades : "La Commission fait observer que l’isolation par l’extérieur proposée aurait pour conséquence de modifier la proportion et la profondeur des baies et que le collage en façade d’une modénature reproduisant celle d’origine créerait un faux historique. Elle rappelle également que les objectifs d’amélioration des performances thermique du bâti ancien peuvent être conciliables avec le respect du patrimoine et souhaite, en conséquence, que le projet soit revu dans un sens moins destructeur".

Il semblerait que la Commission ait été entendue cette fois-ci. Les façades seront traitées de façon faubourienne (enduit plâtre et chaux, après piochage complet des enduits ciment des années 1950). Les encadrements et appuis de baies, ainsi que les corniches, seront restaurés et le dessin des modénatures conservé. Les garde-corps en fonte seront conservés ou restitués ou adaptés aux normes de sécurité. Certaines fenêtres aujourd'hui murées, sur le bâtiment d'angle notamment, seront rouvertes. Toutes seront équipées de châssis de bois à double vitrage et de volets battants en bois, comme l'immeuble mitoyen rue des Haies. L'ITE est prévue uniquement pour les façades sur cour, dont l'aspect actuel est peu qualitatif. Les façades sur rue recevront une isolation intérieure, ainsi que certains planchers. La devanture du commerce sera en bois peint "à la parisienne".

Ce projet de réhabilitation dans le style faubourien originel prouve que les discussions avec les instances de défense du patrimoine peuvent parfois porter leurs fruits !

 

 

 

 image30Etat actuel © F. Boileau / Paris historique

 

image31Premier projet (accordé, non réalisé) © Dossier PASU


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Deuxième projet (version 1) © Dossier PASU

 

image33Deuxième projet (version 2) © Dossier PASU
 

58, rue des Envierges (20e arrt)

L'histoire de ces travaux remonte à 2013, lorsqu'un premier permis avait été déposé, puis délivré, pour l'implantation d'un bâtiment de cinq étages à usage d'habitation (22 logements) après démolition d'un bâtiment d'habitation d'un étage.

La parcelle est occupée par un immeuble en brique de deux étages en assez mauvais état et divers petits bâtiments très délabrés, organisés autour d'une cour aujourd'hui bétonnée. Sur la rue, un portail en métal et un mur percé de quelques pavés de verre ne donnent pas à l'ensemble un aspect très engageant.

Le premier permis consistait à construire un immeuble à R+5 dont les deux derniers niveaux seraient en retrait. Paris historique avait pu le consulter et avait trouvé cette réalisation plutôt réussie, bien que ramenant le nouvel immeuble à l'alignement de la rue, gommant ainsi la trace du tissu faubourien du quartier. La façade aurait été traitée en pierre grise au rez-de-chaussée et beige clair aux étages, et animée par un bow-window au niveau des trois étages inférieurs. La structure métallique des balcons, les éléments de serrurerie et les menuiseries extérieures seront laqués gris anthracite. Le bâtiment se serait bien intégré parmi les immeubles anciens de la rue (dont un R+5 au n°54 avec modénatures, persiennes de bois, balcon en surplomb au 2e étage avec garde-corps en ferronnerie). Pour une raison inconnue, le permis, accordé, n'a donné lieu à aucune mise en œuvre.

Un nouveau dossier a été déposé en octobre 2015 (pétitionnaire et architecte identiques). Le nombre de logements est ramené à 17, toujours répartis sur cinq étages dont deux en retrait progressif. Le projet est situé dans le champ de visibilité d'un monument inscrit au titre des Monuments historiques (une façade de boulangerie Art Nouveau au n°43).

A la suite d'une opposition de l'ABF à une première version du projet et selon ses recommandations, un effort a été fait pour adapter les lignes et les teintes du nouveau bâtiment à celles des constructions voisines. La Commission du Vieux Paris avait elle-même formulé un vœu : "la Commission du Vieux Paris, réunie le 18 mars 2016 à l’Hôtel de Ville de Paris, sous la présidence de Bernard Gaudillère, a examiné le projet de démolition d’une maison ancienne et de ses dépendances, qui seraient remplacées par un immeuble de cinq étages construit à l’alignement de la rue et occupant toute la largeur de la parcelle. La Commission ne s’oppose pas à ces démolitions mais demande que la nouvelle construction soit construite très en retrait de l’alignement de manière à respecter l’actuelle césure dans le front bâti de la rue et à laisser « respirer » le paysage évocateur à cet endroit de l’ancienne identité faubourienne du quartier. Elle souhaite pour la même raison que le nouvel immeuble ne masque pas la vue du pignon aveugle de l’immeuble mitoyen, à gauche".

L'architecte du projet a, en partie seulement, respecté les diverses prescriptions. La partie gauche de la façade du nouvel immeuble, lisse, sera d'un ton pierre, tandis qu'à droite le bow-window sera équipé de verrières ayant une structure verticale de type atelier et reprenant la teinte foncée de celles de l'atelier mitoyen.

Cependant, le grand comble sur deux niveaux, "sans équivalent dans cet environnement" selon l'ABF, a bien été redessiné à sa demande, mais subsiste encore en partie.